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YANN KERSALE

Depuis près de quatre décennies, Yann Kersalé n’a eu de cesse de distiller, à travers la planète, installations et mises en lumière d’édifices, de ponts ou de sites. À presque 63 ans, l’homme est un expert ès lumière artificielle : « Ne pas se restreindre au musée, à la cimaise, à tous ces lieux ‘’dédiés’’, dit-il, se donner la possibilité d’investir des formes, des objets et des paysages, du crépuscule à l’aube, toile de fond d’un nouveau travail plastique »

Pour Sammode, l’eau devient Lö

La collection Lö signée par Yann Kersalé s’inspire de paysages glaciaires que l’artiste a jadis traversés. Deux voyages l’ont particulièrement influencé : l’un en Terre de Baffin, en 2001 ; l’autre au Groenland, en 2012. Deux séjours au-delà du cercle polaire arctique, en territoire inuit. Il y découvre alors la glace dans tous ses états et en glane une myriade de photographies, illico intégrées à sa banque d’images référentielles. De la glace – « cette lumière solidifiée », dixit Kersalé –, il apprécie l’éclat et la transparence, la manière dont elle capte la lumière et la décompose.
En 2016, les premières esquisses pour la collection Lö reproduisent directement lesdits clichés sur un film translucide, à introduire à l’intérieur de l’emblématique tube Sammode. Puis, la recherche se focalise sur les effets prismatiques de la réflexion de la lumière sur la glace, pour aboutir au choix d’une pellicule réticulée. Le résultat fait son originalité : grâce à deux films translucides superposés – l’un prismatique, l’autre miroir –, le luminaire arbore deux facettes. Allumé, le premier déploie ces prismes étincelants à l’infini. Eteint, le second reflète à l’envi l’environnement alentour. Issus de la langue inuit, les noms des luminaires – Nilak, Qanik, Qinu – illustrent divers états de la glace. Le patronyme de la collection, lui, est un jeu sur la sémantique du mot « l’eau ».